Analogie

RAMAIN ET ANALOGIE

Nous reproduisons intégralement un texte de François MARCON extrait du livre déjà cité : « La méthode Ramain, une marche vers la mise en relation ».

Dans une situation Ramain, la séparation est nettement marquée entre la formation et l’extérieur à la formation ; le groupe vient de lieux professionnels différents, les exercices proposés ne portent jamais sur des activités professionnelles, ni même de la vie courante sociale ou familiale. L’animateur invite à se centrer sur ce qui se passe ici et maintenant ; pour éviter que les références à l’expérience ne servent à contourner ou fuir la difficulté au lieu de l’affronter, il peut être amené à refuser qu’une personne fasse état d’éléments professionnels ou vitaux de son expérience. Ainsi le cadre de la situation est clairement défini et marque l’écart entre la situation de formation et l’extérieur de la formation.

Pourtant à l’expérience, on s’aperçoit que cet ailleurs est éminemment présent dans les situations vécues en formation. Telle personne, sa paire de ciseaux à la main devant une feuille de papier à découper avec la contrainte de ne pas tourner la feuille, se reverra dans son salon en train de pratiquer les découpes pour installer sa moquette autour de la cheminée. A telle autre qui aurait tendance à rejeter parce que trop artificiel à ses yeux un exercice, ce sera l’animateur qui indiquera des ponts avec la vie extérieure. Dans un exercice où il est demandé de conduire parallèlement deux tâches différentes de façon à ce que leur degré d’avancement soit harmonieusement synchronisé, l’animateur pourra dire à ceux qui se révoltent contre cette exigence « absurde » une petite phrase du type : « mais lorsque vous préparez un repas, ne faut-il pas que le poulet et les légumes soient cuits à point et chauds en même temps sur la table ? » L’effet de surprise passé, on commence à prendre conscience que les situations où l’on rencontre la même exigence sont multiples… sans parler du travail du formateur qui doit particulièrement être disponible à plusieurs personnes et plusieurs choses à la fois.

Mais peut-être, justement, ce qui permet d’envisager plusieurs situations d’ordre fondamentalement différent, où les exigences et les réponses sont du même type, est le fait qu’aucune situation à « enjeu » professionnel ou social n’est précisément présente dans la formation Ramain. Parce que la situation est épurée, parce que la réalité professionnelle et sociale est maintenue à distance, sans être niée, un jeu, un aller-retour de la pensée peut s’instaurer, une dynamique permettant d’établir des liens, d’estimer ce qu’il y a d’identique, ce qu’il y a de différent, dans la situation que je vis maintenant, dans des situations que j’ai déjà vécues, de faire des hypothèses sur des situations à venir.

Ce travail consistant à établir, par la pensée, des ressemblances, définit l’analogie : « ressemblance établie par l’imagination (souvent consacrée dans le langage par des diverses acceptions d’un même mot) entre deux ou plusieurs objets de pensée essentiellement différents » (Dictionnaire Le Robert). Il n’est pas indifférent de relever la place que réserve la pédagogie Ramain à l’analogie quand on sait qu’elle est au cœur du processus de généralisation.